O-mushi-san : afin de se mettre convenablement dans l’ambiance de ce récit terrifiant, il est approprié d’imaginer des plans éloignés des héroïnes, tels qu’apparaissant dans la vision d’une bête monstrueuse tapie dans la pénombre, ou plutôt, en dessous d’un canapé.
Tout commence par une sombre nuit, peu après l’arrivée de Zazen Bleu et Zazen Rouge dans leur famille d’accueil. Tandis que les Zazen Bleu et Rouge dépaquetaient leurs affaires et s’extasiaient devant les poupées kimo-kawaii (adorablo-répugnantes) exposées dans des vitrines, Rouge eut soudainement la désagréable impression d’être observée. Elle en fit aussitôt part à sa comparse : « Bleu, je crois que j’ai vu passer un énorme truc… C’est parti sous le canapé ! ». Accoutumée aux hallucinations chroniques de Rouge, Bleu accepta néanmoins de vérifier que nulle créature mutante ou autre spectre vengeur n’avait établi ses pénates en ces lieux. Le canapé japonais étant comme ses confrères occidentaux un meuble de nature lourde et pataude, les recherches furent peu fructueuses, et les Zazen décidèrent d’aller dîner.
Alors qu’elles avaient tout oublié de l’ombre furtive, les Zazen revinrent dans leur chambre, prêtes à passer une nuit de repos bien méritée. Rouge poussa un cri d’effroi, bientôt suivie de Bleu, face à l’horreur indicible qui se vautrait sur les tatamis. L’horreur était, nous l’avons précisé, indicible, mais puisque le lecteur risque la frustration si nous nous en tenons là, nous tenterons quand même de la décrire. Campé sur ses six ignobles pattes griffues, un cafard à l’abdomen bombé narguait les Zazen avec défiance. Les rapports de Rouge mentionnent que la bête « excédait douze pieds de largeur, sa gueule armée d’une triple rangée de dents exhalant des flammes sulfurées », mais d’autres sources disent que cela était un peu exagéré, et que le cafard faisait la taille d’un pouce d’être humain adulte.
« C’est lui, ou c’est moi ! Cette chambre est trop petite pour nous deux ! » s’écria une Rouge un peu blafarde, sous l’œil dubitatif de Bleu. Cette dernière ignorait encore sur quel combattant parier mais finit par se convaincre que le choix relevait de Charybde ou de Scylla, et que peu importait en fin de compte à qui revenait la victoire. Armée de son seul courage et d’un cintre, Rouge se lança dans une âpre bataille. Elle parvint au prix de terribles efforts – car le monstre infâme était capable d’escalader les murs – à décapiter son adversaire à coups de cintre. Il est bon de préciser qu’il s’agissait de plusieurs coups de cintre, étant donné que la tête refusait catégoriquement de se séparer de son corps.
La combattante jeta avec satisfaction le cadavre du vaincu dans la Poubelle de Toutes les Calamités (voir « restaurant chinois »). Mais Bleu suggérant que le cafard était peut-être un être cher à la maisonnée, Rouge fut tourmentée par les remords toute la nuit, ou du moins pendant plus de vingt-cinq minutes.
Trivia : Sufedaku rend hommage à O-mushi-san, l’honorable cafard, en le faisant revivre (et mourir).

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