07 avril, 2009

Zazen Histoire - Toujours plus haut

One gay : le mot japonais « onegai » (« s’il vous plaît ») prononcé à l’anglaise par des Français. Par la suite, dans le bus qui les menaient vers le sud de Honshû, les Zazen s’étaient amusées à prononcer, avec un accent français à faire frémir l’otaku moyen, autant de noms de personnages de mangas qu’il leur venait à l’esprit – c'est-à-dire, suffisamment pour couvrir les kilomètres qui séparent Kôbe de Hiroshima. Soit dit en passant, la lecture française des mots japonais est particulièrement dévastatrice quand il s’agit de lire des noms tels que « Riku » (ce dernier en perd son charisme d’un seul coup).


Bentôs : passée la surprise originelle de voir dans leur panier repas une carotte découpée en forme de fleur, les Zazen eurent tôt fait de discerner les bons bentôs (nécessairement préparés par o-kaasan) des bentôs distribués dans le bus. Ces derniers rendaient la perspective du repas nettement moins enthousiasmante, surtout lorsqu’ils contenaient un morceau de saumon fade, et une crevette dont l’odeur soulevait les cœurs de tous. Seule une ennemie jurée des Zazen (que nous nommerons Pif-Pif) semblait insensible aux effluves des crevettes, qu’elle gobait par poignées.

Les effets néfastes du jet-lag n’y étant pas pour rien, le groupe d’élèves avait adopté un rythme binaire qui consistait à manger/dormir immédiatement après/manger/dormir/manger… Cela valut à Zazen Rouge de s’indigner le plus sincèrement du monde, en voyant ses camarades assoupis dans le bus en fin d’après-midi:

« Ils dorment ?!!! Mais on n’a pas encore mangé ! »

Depuis ce temps, il est difficile pour un Zazen de dormir sans avoir mangé au préalable, et vice versa.


Abukhov : les Zazen Rangers eurent la première fois la connaissance d’Abukhov, sympathique Russe versé en la science des mangas, lorsque leur bonne amie Marine (vétéran nipponophile de son état) s’écria : « Vous cherchez des mangas ? Il faut aller voir Abukhov ! ». Quelque peu déconcertées à l’idée qu’un ressortissant de l’ex Union Soviétique puisse en savoir davantage qu’elles, de long temps initiées à la bande dessinée est-asiatique, les Zazen suivirent Marine jusqu’à une façade colossale sur laquelle s’alignaient les non moins colossales lettres : « BOOK OFF ». Les Zazen firent alors l’expérience du « satori » (aussi connue en nos contrées sous le nom « d’illumination ») : il fallait aller voir « à Book Off », et non « Abukhov ». Abukhov demeure un protagoniste récurrent de la Zazen mythologie. Les chanceux pourront apercevoir sa silhouette errant dans le blizzard aux alentours des stations désolées qui segmentent la route du métro Wazemmes – Shinjuku.


Rituel de purification : au terme d’un long voyage nauséeux à travers la campagne japonaise, les Zazen descendirent du bus afin de rendre hommage à Amaterasu dans leur premier sanctuaire shintô. La coutume convient de se soumettre à un rituel de purification avant de pénétrer dans l’enceinte d’un temple. Un petit auvent dédié à cet usage apparut justement devant les Zazen, à qui une âme avisée avait recommandé de se laver les mains et la bouche à la fontaine. Ne sachant guère comment interpréter ces instructions, Zazen Rose et Zazen Jaune décidèrent d’avaler l’eau, tandis que Zazen Bleu et Zazen Rouge prirent le parti de la recracher. C’est ainsi que naquirent deux écoles de pensée, l’une maintenant que l’eau avalée purifiait jusqu’aux entrailles, l’autre affirmant que les impuretés devaient être recrachées en même temps que l’eau.

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